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Conférences

Le Centre d’aide à la famille organise des activités pour la famille et le public en général.

Voici les conférences où notre organisme a participé:

Portrait de la famille portugaise immigrante avec toute sa problématique

"Les victimes de violence ont peur d’être jugées par leur propre famille et par la communauté, elles ont peur de briser le noyau familial et honte de demander de l’aide tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la communauté".

Faire le portrait de la famille portugaise immigrante avec toute sa problématique, est un sujet passionnant et délicat parce que, en général, on montre seulement ce qui est bon : ce qui est mal est souvent camouflé et gardé secret. Dans notre communauté, il y a une grande tendance à minimiser tout ce qui peut être problématique. Mon allocution est basée sur des cas qui ont déjà été traités ou sont en train de l’être au Centre d’aide à la famille, et non sur une étude scientifique.

Depuis 1994, je travaille pour la communauté portugaise et je rencontre, comme vous pouvez imaginer, des problèmes de types variés. Les valeurs traditionnelles véhiculées en grande partie par les membres de notre communauté accordent à l’homme une position sociale supérieure à celle de la femme. Ces valeurs maintiennent les femmes dans une situation de dépendance, dans un rôle social secondaire. La visibilité et la participation des Portugais et des Portugaises au sein des institutions québécoises sont encore très modestes comparativement aux autres communautés. Ceci est dû au fait qu’une grande majorité des individus ont encore des barrières linguistiques et culturelles.

Par rapport aux barrières linguistiques, nous pouvons dire que l’immigration portugaise s’est faite en deux vagues, dans les années 50 et 70. Ceux qui sont venus dans la première vague, n’avaient pas à leur disposition les services d’appui à l’intégration dont la deuxième vague a bénéficiés, comme, par exemple, le COFI. Concernant les barrières culturelles de notre communauté, parler des problèmes à l’extérieur de la famille est considéré comme un sacrilège. Les problèmes familiaux, se règlent dans la famille. À l’intérieur de ce contexte, beaucoup de Portugaises se sont tournées vers l’Église qui ne leur a pas été d’une grande aide, mais qui a plutôt contribué à les maintenir dans un état de dépendance et de soumission à leur mari.

Les victimes de violence ont peur d’être jugées par leur propre famille et par la communauté, elles ont peur de briser le noyau familial et honte de demander de l’aide tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la communauté. Si elles abandonnent leur mari, elles ont peur qu’il n’y ait plus de place pour elles dans la communauté, elles ont peur d’être incomprises, exclues ou rejetées et ceci augmente de manière significative leur seuil de tolérance. Le souci ou la crainte qu’une dénonciation porte préjudice à leur famille et à la communauté sont plus forts que la nécessité d’être aidées. L’unité de la famille est très importante et celle-ci cache les manifestations de la violence. L’importance démesurée de la communauté a fini par contraindre dangereusement les femmes victimes de violence conjugale.

Au-delà des problèmes déjà mentionnés, nous retrouvons d’autres facteurs problématiques. La santé mentale vient en premier et, quand je dis santé mentale, je ne parle pas des maladies psychiatriques, mais, plutôt, des perturbations émotionnelles qui modifient le fonctionnement et auxquelles on n’associe pas de dommages cérébraux apparents. Quelques facteurs peuvent renforcer un déséquilibre. L’isolement est un sentiment ou un état de celui qui le vit. Premièrement, nous avons le facteur d’immigration : délaisser sa terre na17 tale, sa famille, ses amis, ses voisins, ses collègues, etc. Deuxièmement, s’impose comme facteur, un changement radical de vie pour en recommencer une nouvelle. Les relations hommes/femmes.

Dans tous les cas que j’ai rencontrés depuis que je travaille au CAF, j’ai trouvé un rapport de domination de la part de l’homme en relation avec la femme. Dans presque tous les cas, l’homme a un rôle bien défini, il est le chef de la famille, il a le contrôle absolu sur les finances. L’homme est extrêmement travaillant, avec deux emplois dans la majorité des cas. Les femmes travaillent également. Le facteur économique est le souci principal et celui qui occupe le plus d’espace dans la dynamique de ces familles, pas pour satisfaire leurs besoins au jour le jour, mais, à leur détriment, pour posséder un bon compte bancaire. Habituellement, nous voyons que le salaire de la femme sert aux dépenses courantes et que celui de l’homme est placé à la banque. La majorité des femmes ne savent même pas combien d’argent elles possèdent et elles ne connaissent ni ne détiennent les documents nécessaires pour aller à la banque si besoin s’en fait. Il est vrai que l’argent est important pour nous tous parce qu’avec l’argent nous obtenons ce que nous avons besoin pour satisfaire nos premières nécessités. Toutefois, tout être humain a des besoins qui ne s’achètent pas avec de l’argent, mais oui, avec notre présence, notre disponibilité et notre amour.

Relations parents/enfants

Dans presque la totalité des cas, les mères sont responsables de l’éducation des enfants. Les règles à la maison diffèrent de celles à l’école. Les enfants ne peuvent pas être en désaccord ou manifester leurs opinions : ils doivent obéir et tout accepter ce qui vient de leurs parents, en se taisant. Le manque de communication et de dialogue sur des thèmes actuels, comme par exemple, la drogue, préoccupe les jeunes et les pousse à s’isoler ou à se faire des amis qui, parfois, ne sont pas les meilleurs. Il n’y a pas d’implication des parents à l’école et dans les activités des enfants. Toutes ces attitudes contribuent à la cristallisation des tabous et à l’entretien des conflits entre les parents et les enfants.

J’ai précisé différents points qui décrivent bien le profil de la famille portugaise immigrante. Je profite de cette opportunité pour parler d’une situation très sérieuse, qui est le tabou des tabous. La violence conjugale et familiale n’existe pas seulement dans les autres communautés, elle existe aussi dans la nôtre et je fais appel à nos journalistes pour qu’ils écrivent sur ce sujet, ainsi ils peuvent sensibiliser la communauté et contribuer à la prévention de cas dramatiques.

J’espère que ce sujet ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe, mais je ne peux pas perdre cette occasion pour parler de l’inceste qui, malheureusement, existe aussi dans nos familles. De l’inceste, personne ne veut en parler, mais il est primordial que nous commencions à le faire pour pouvoir aider ceux qui ont été violentés et ceux qui pourraient le devenir. Malheureusement, il y a des cas de femmes et d’hommes complètement détruits, à cause des abus sexuels dont ils ont été victimes. Beaucoup de membres de la communauté sont portés à juger facilement quand ils voient une personne avec un comportement qui n’est pas conforme aux normes sociales et ont tendance à critiquer, mépriser et humilier sans s’interroger sur ce qui lui est arrivé pour avoir dévié et être sortie des paramètres.

Je finis avec un cri d’alarme envers les critiques et les jugements concernant les autres : les critiques positives reconstruisent, mais les négatives tuent.

Le 23 janvier 2000, 3ième Anniversaire du  journal Lusopresse
Manuela Pedroso

 

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